30/04/2008

L'Ukraine 152e membre de l'OMC

Le 16 mai prochain, l’OMC comptera un nouveau membre, l’Ukraine.

Le 5 février dernier, le Conseil avait approuvé les conditions d’accession des 47 millions de consommateurs ukrainiens dans la Mecque du commerce mondial. Kiev les ayant acceptées, l’Ukraine deviendra donc le 152emembre de l’organisation. Les négociations avec la Russie, qui sont censées être à bout touchant depuis des années, sont en revanche toujours bloquées à cause des vetos américain et parfois européen.

De même, la reprise du cycle de Doha est toujours au point mort. On avait vaguement reparlé d’une conférence ministérielle à Genève ces dernières semaines. Mais l’espoir s’est à nouveau envolé. Les optimistes se consoleront en constatant que ça bouge du côté des bâtiments, malgré les efforts du conseiller administratif de la Ville de Genève Rémy Pagani, qui voudrait mettre définitivement l’organisation au vert… (GM)
 

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29/04/2008

Questions islamiques sur le HCR

Le camp islamique n'est pas dépourvu de questions pertinentes: à quoi servent les 90 personnes du service de recherche du Haut-Commissariat alors qu'ils délèguent presque entièrement les travaux d'enquête à des consultants extérieurs? Et pourquoi, sur les 150 nouveaux postes que vous avez créés, n'y a-t-il que 11% de fonctionnaires d'Asie et d'Afrique au lieu des 16% promis ? Demandent-ils à la Haut-Commissaire Louise Arbour.

Heureusement, leur camp n’est pas épargné par les divisions internes. Par exemple sur l’esclavage et la demande de compensations financières pour ce «crime contre l’humanité», qui risque d’être l’un des grands thèmes de Durban. Ou sur la présidence du Conseil des Droits de l’Homme qui doit être élue en juin prochain et doit en principe revenir à un Africain, l’ambassadeur d’Egypte (un dur) étant aux prises avec un modéré (l’ambassadeur du Sénégal). (GM)

Sommavia coulé dans le bronze du BIT

Si on se bouscule autour du siège de Kamil Idriss, le patron de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, on semble  en revanche se désintéresser complètement de celui de Juan Somavia à la tête du Bureau International du Travail (BIT). Quinze prétendants d’un côté, aucun de l’autre.

Il est vrai que l’affable barbu chilien est candidat à sa propre succession et souhaite rempiler pour un troisième quinquennat que personne n’ose lui contester. En dix ans de présence à Genève, l’ancien président du Sommet de Copenhague a admirablement su se couler dans le moule onusien et gérer en douceur un domaine qui offre peu de prises à la cupidité en ces temps de globalisation et de restructuration permanente de la main d’oeuvre productive. (GM)

28/04/2008

En ordre de marche pour Durban

La guerre de religion a commencé au Conseil des droits de l'Homme et chaque camp fourbit ses armes en vue de la prochaine session de juin et, surtout, de la conférence contre le racisme de Durban en 2009, dont la première réunion préparatoire s'est ouverte à Genève. [La première conférence en eu lieu en 2001 également à Durban]

Première bataille: la diffusion sur internet des examens périodiques universels, dont le camp islamo-africain, emmené par le Pakistan, l'Egypte et l'Algérie, ne voulait pas entendre parler. Grâce à la ferme résolution du président du Conseil Doru Costea, un compromis a été trouvé: les examens sont diffusés par webcast mais à la condition que les prepcoms de Durban le soient aussi.

Le match Asie-Afrique contre Israël-Etats-Unis-Canada et autres Européens se jouera donc à guichets ouverts. (GM)

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15/04/2008

La Suisse, grande médiatrice !

Depuis 1989, le nombre de conflits et de réfugiés pour cause de guerre a baissé de 50% dans le monde grâce aux efforts de promotion de la paix et à l’implication des Etats dans le maintien et la construction de la paix.

La médiation est efficace car elle a cinq fois plus de chance d’aboutir à un accord que les autres méthodes (invasion armée comme en Irak ou négociations imposées par une puissance, etc.)

La Suisse est engagée dans une vingtaine de processus de médiation dans 15 pays différents. Actuellement, le pays se concentre principalement sur 7 régions, le Kosovo et les Balkans, la Colombie , le Sri Lanka, le Soudan, la région des Grands Lacs ainsi que le Proche-Orient et le Népal.

C’est une opération assez compliquée car elle fait intervenir différents acteurs et facteurs : gouvernements et pouvoirs locaux, société civile, justice et droits de l’homme, forces de sécurité, environnement socio-économique.

Pays neutre, la Suisse possède des avantages qui lui permettent d'agir efficacement. N’ayant pas la capacité d’imposer de solution ni d'intérêts directs, elle n'est pas menaçante pour les autres délégations.

 

Un médiateur est mandaté par les parties au conflit et intervient sur le fond alors que le facilitateur ne s'implique pas dans le contenu de la négociation et se contente de favoriser les contact entre les parties.

La Suisse agit essentiellement dans des processus de niveau 1 et 1,5, comme on les appelle dans le jargon: le niveau 1 est un processus de paix formel et implique la direction des deux parties, tandis que le niveau 1,5 se déroule dans un cadre informel, et n’implique généralement que l’une des parties.

La Suisse a joué un rôle central dans certains processus de paix formels comme au Soudan avec la mise en place d'un accord de négociation entre le Nord et le Sud.

En Colombie, la Suisse a essayé de négocier un accord humanitaire entre les FARC et le gouvernement colombien, mais sans résultat pour l'instant. Elle a en revanche réussi à amorcer le dialogue entre l'ELN, l'armée de libération nationale, et le gouvernement.

En Géorgie, la Suisse s’est engagée par le biais de la représentante spéciale aux Nations-Unies Heidi Tagliavini.

Le Népal, qui vient de procéder aux premières élections législatives de son histoire, est un exemple de réussite, le mouvement de guérilla maoïste étant devenu la première force démocratiquement élue du pays.

Autre exemple, le Sri Lanka, avec les discussions entre comme entre le LTTE tamoul et le gouvernement sri-lankais en 2006.

A Chypre, la Suisse se base sur des experts qui vont établir une expertise constitutionnelle.

C’est aussi au niveau plus informel que la Suisse a soutenu l'initiative de Genève et le dialogue entre la Syrie et Israël.

En Indonésie, dans les négociations pour la province d’Aceh, et en Macédoine, après la phase après-accord en Macédoine avec le processus Mavrovo, destiné à réduire les tensions au sein du gouvernement, la Suisse a également joué un rôle non négligeable.

Outre les 500 000 francs qu’elle verse chaque année au département politique de l’ONU, la Suisse consacre une part substantielle – environ 20% - du crédit-cadre de 240 millions de francs pour la période 2008-2011 que le Parlement a voté pour soutenir la politique étrangère.

Un effort conséquent, mais pas encore suffisant pour faire de la Suisse un ténor de la médiation internationale face à la redoutable concurrence des pays nordiques…

Chrystel Dayer, Conférence de l'ambassadeur Thomas Greminger, Club suisse de la presse, 8 avril 2008.

 

 

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11/04/2008

Les droits de l'homme, enjeu de la nouvelle guerre Nord-Sud

Deux ans après la création du Conseil des droits de l’homme et alors qu’on célèbre le 60e anniversaire de la Charte de 1948, il vaut la peine de se pencher quelques minutes sur les enjeux et les batailles qui se livrent derrière les célébrations rituelles des droits humains. Le calendrier 2008 est particulièrement chargé.

 

Siégeant durant tout le mois de mars à Genève, le Conseil a, entre autres, enregistré le départ de la Haut Commissaire Louise Arbour, et élu Jean Ziegler comme membre de son nouveau comité consultatif. Mais surtout c’est cette semaine que s’ouvre la première session des « examens périodiques universels », sorte de grands oraux auquel les pays membres doivent se soumettre pour savoir s’ils sont dignes de figurer au palmarès des élus qui respectent la Charte. Seize pays passent sur le gril, du Royaume-Uni à la Tunisie. En juin prochain, le Conseil doit élire ses nouveaux membres.

 

Voilà pour l’agenda. Mais ce qui ressemble au traintrain routinier et ennuyeux des réunions onusiennes cache en fait une bataille passionnante et de longue haleine entre l’Occident riche et démocratique d’une part, et l’immense majorité des pays du sud d’autre part. En principe, tous proclament que les droits humains sont universels et inséparables les uns des autres et qu’on ne peut donc les choisir à la carte.

 

Mais la réalité est plus complexe. Aux yeux des pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, les beaux principes défendus avec emphase par le camp occidental, emmené par les Etats-Unis, le Japon, l’Europe et les puissantes ONG qu’ils financent généreusement, visent en fait à affirmer la primauté des droits politiques et culturels (liberté de vote, d’association, d’expression, droits des minorités...) sur les droits sociaux et économiques (droit à l’éducation, au travail, au logement, à la santé, etc.).

 

En d’autres termes, disent les pays du sud, depuis que vous avez réglé le problème des droits sociaux et économiques chez vous – souvent à notre détriment en nous imposant des conditions d’échange inéquitables – vous vous focalisez sur les droits politiques, qui vous servent de prétexte pour vous ingérer dans la gouvernance de nos pays, dont vous stigmatisez les lacunes pour mieux dissimuler le fait que vous continuez à assurer votre prospérité grâce à l’exploitation de nos ressources naturelles et humaines.

 

A quoi les pays riches rétorquent que tout est lié, qu’on ne peut séparer le développement économique du développement politique. Ce qui reste à prouver quand on sait que le Chili, Taiwan, la Corée, Singapour et maintenant la Chine ont assuré leur décollage économique sans forcément respecter les droits politiques !

 

On le voit, le débat n’est pas anodin. Les enjeux politiques sont immenses et ne sauraient être réglés en quelques séances d’experts. Primauté des droits politiques ou primautés des droits économiques ? Le combat est violent et la guerre de tranchées rude. Quand on se promène dans les couloirs du Conseil des droits de l’homme, on est sommé de prendre parti : pour les Sud-Africains, les Pakistanais, les Egyptiens ou les Algériens qui mènent la fronde anti-nordiste, ou pour l’Union européenne, la Suisse ou les Etats-Unis, qui forment l’avant-garde anti-sudiste.

 

Et pourtant, des (bons) compromis sont possibles

 

La seule manière de dépasser un tant soit peu les clivages est de sortir de l’arène politique pour privilégier une approche pragmatique, sur le terrain, en se concentrant sur les progrès enregistrés, et d’identifier les lacunes qui restent à combler, dans tous les domaines des droits de l’homme, qu’ils soient politiques, sociaux ou économiques.

 

Parmi les 16 pays qui passent ces jours leur examen périodique universel, le dossier remis par la Tunisie constitue un bon exemple de la démarche à suivre pour sortir de l’impasse et fait avancer, de ce fait, l’ensemble de la cause des droits de l’homme.

 

Premier constat, le rapport – disponible sur le site du Conseil des droits de l’homme, 22 pages au total - est complet et sérieux. La première partie en détail le cadre constitutionnel et législatif du pays en matière de promotion et de protection des droits de l’homme et met en avant les nouveautés (un article constitutionnel garantissant les libertés fondamentales et les droits de l’homme dans leur acception universelle, globale, complémentaire et interdépendante »). Les droits de l’enfant, le rôle du Conseil constitutionnel, des tribunaux et des structures nationales de contrôle tant officielles que privées (ONG) sont détaillés et définis.

 

La deuxième partie fait le point sur les progrès réalisés en matière de droits civils et politiques (rôle des partis, place réservée à l’opposition et aux minorités, indépendance de la justice, répression des actes inhumains commis par des gents de l’Etat, ouverture des prisons aux délégués du CICR, tolérance religieuse, manuels scolaires…). Les points forts sont soulignés, tels que le statut juridique des femmes et leurs droits particuliers dans la société tunisienne. Dans la ligne des pays du sud, la dernière partie met en exergue les progrès très réels et assez spectaculaires enregistrés dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels. Des rapports du PNUD sur le développement humain et du World Economic Forum, qui mettent la Tunisie en très bonne position en matière de qualité de l’enseignement primaire, de dépenses pour l’éducation, de scolarisation des filles, d’accès à l’internet , de développement durable, de croissance économique, de transferts sociaux ou d’égalité des chances.

 

Enfin, la conclusion esquisse les perspectives d’avenir et prend des engagements pour le futur (révision du code électoral, rôle accru des médias, amélioration du système pénal) dans un contexte de terrorisme – la Tunisie a été victimes d’attentats signés d’Al Qaida et, tout récemment, de l’enlèvement de deux touristes autrichiens – et d’extrémisme racial et religieux.

 

Ce rapport épuise-t-il le sujet ? Bien sûr que non. Mais il a le grand mérite d’aborder toutes les questions, de façon concrète et transparente. Le débat peut donc se faire, des critiques peuvent être émises, des recommandations formulées, des avancées constatées, des responsables désignés. Les opposants peuvent se défouler, le gouvernement peut se défendre. Ce qui est finalement la seule chose qui compte. Car tout le reste n’est que vaines palabres. C’est sur le terrain, dans le concret, que progresse la cause des droits de l’homme et sur ce plan, la Tunisie fait plutôt figure de bon élève.

(L'Agefi, 10-11 avril 2008)

 

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