27/04/2009

Islam d'ouverture contre intégrisme

Après la conférence de Durban, à tête reposée, il vaut la peine de revenir sur cet événement et de rendre hommage aux « petits » pays qui ont permis ce succès. Je pense ainsi à la Tunisie et à son ministre de la justice et des droits de l’homme Béchir Tekkari, qui est venu à Genève défendre l’action, sur le terrain, de son pays dans le domaine de la tolérance et de la lutte contre le racisme. A savoir des programmes scolaires qui respectent la diversité des cultures et des religions, une chaire et des conférences régulières sur le dialogue des civilisations, une université, la Zitouna, qui défend une vision ouverte de l’islam, une tolérance effective à l’égard de la communauté juive avec le pèlerinage annuel de la Ghriba qui doit avoir lieu prochainement. On ne dira jamais assez le rôle éminent que les régimes arabes modérés jouent pour éviter la fracture entre Orient et Occident.

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Commentaires

Vous avez raison, Guy Mettan. Seulement voilà, les plus modérés en terre d'Islam sont souvent traités de "collabos" ou de "vendus" par leurs compatriotes. Il faut par conséquent encourager par tous les moyens ces "modérés", notamment en Palestine, en leur donnant des gages sérieux et concrets pour éviter qu'ils ne soient un jour franchement marginalisés.

Écrit par : Santo | 28/04/2009

"modérés"

Ce mot magique!
Quels sont les "modérés" Sionistes en Israèl?... Liberman, Netanyahou ou bien le grand barbare Charoun???

Écrit par : Philistin | 28/04/2009

La Palestine est actuellement la caisse de résonance de l'Islam, avec Jérusalem comme noeud gordien et "entonnoir fatal". Tout a commencé et tout finira à Jérusalem, qu'on le veuille ou non. Cette problématique fondamentale va bien au-delà du géopolitique et du socio-économique.
Raison pour laquelle : tant qu'on n'aura pas défini les dénominateurs communs et les pôles d'espérance partagée entre les religions et les cultures en présence, point de paix possible. Car ce sont les ultra-religieux des deux camps qui inspirent l'intolérance, le racisme et le nationalisme, avec la capacité permanente de faire pencher la balance du mauvais côté. Si l'on n'y prend garde et dans ce cadre-là, chaque religion est une bombe à retardement, tant que les modérés de chacune d'elle n'arrivent à se faire entendre durablement. Par conséquent, vive les "modérés" qui existent aussi en Israël (selon le dernier sondage, 74% de sa population juive sont prêts à faire les plus grandes concessions). Espoir, donc.
Car si les faucons tiennent pour l'instant le haut du pavé, c'est qu'ils savent instrumentaliser le peur de l'Autre, née de l'ignorance concernant sa véritable nature et la richesse de sa culture.

Écrit par : Santo | 28/04/2009

Ne pas ignorer que les petits ont quelque intérêt à flatter les grands ...

Semble qu'à DURBAN II, les petits d'Afrique, c'étaient pas vraiment des états ni des nations,

mais des ONG qui subviennent à quelques un des besoins vitaux de ces pays aux chefs malfrats,
ou des dissidents ayant trouvé quelque support à "l'international" ...

La flatterie et les compromissions étant ces rouages incontournables de la gestion des choses dans cette partie du globe,
soit les chemin de traverse empruntés par les petits et grands états africains sur la voie de leur mondialisme, en parallèle à la voie démocratique ...

La caisse de résonance du pouvoir islamique vibrant des émirats arabes aux alentours pakistanais en passant du sud africain au-delà du Soudan et circonvolutions obligent, au conseil des Droits de l'Homme.

Écrit par : Bärenklauen | 28/04/2009

On est tout de même un peu surpris de constater que M. Mettan nous fait l'apologie du régime de M. Ben Ali en matière de droits de l'homme...

En effet, la Tunisie aurait-elle fait des progrès depuis le "Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI)" qui s'y était tenu en novembre 2005, et que notre président de la Confédération, à l'époque M. Samuel Schmid, y avait vu son discours censuré par la télévision publique tunisienne alors qu'il y critiquait précisément l'absence de liberté d'expression ???

Voir ici sur le site de Swissinfo :
http://www.swissinfo.org/fre/index.html?siteSect=107&sid=6247420&cKey=1132251314000

Pour ma part, je veux bien me réjouir de ces progrès, pour autant qu'ils soient avérés ?...

A moins que M. Mettan ne se contente de mesurer les droits de l'homme uniquement à l'aune de la tolérance en matière religieuse, surtout lorsque celle-ci s'affiche au plan international, à des tribunes comme Durban II ?..

Les droits de l'homme se limiteraient-ils à la tolérance religieuse et à la liberté de croyance ?

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 28/04/2009

Dans les pays où des frustrations parfois justifiées encouragent l'intégrisme religieux et ses funestes conséquences, oui les droits de l'homme doivent s'exprimer prioritairement en terme de liberté et de tolérance en la matière.

En revanche et au nom de ces mêmes droits de l'homme, on a le droit légitime et prophylactique de "couper le micro" ainsi que de restreindre la liberté d'action de ceux qui, au nom de leur foi, prêchent la haine, la violence systématique et la négation de l'Autre. Halte aux boute-feu ! Il est en revanche nécessaire de s'intéresser aux raisons de certaines frustrations humaines.
A noter pour mémoire qu'en 2002, le très saint lieu juif tunisien de la Ghriba (Djerba) avait été pris d'assaut par des Musulmans fanatiques. 21 personnes y ont été massacrées.

Ceci dit, les droits de l'homme ne doivent pas se limiter au contexte religieux.

Écrit par : Santo | 29/04/2009

Le régime tuinisien est un régime qui pratique la "laïcité autoritaire", et qui, comme le disent certains intervenants avnt moi, n'applique pas le dixième des exigences des droites de l'homme en matière de liberté individuelle. Et sa laïcité affichée en fait un régime à part dans la Magreb. Laïcité, donc... par essence liée au régime infect de Ben Ali. Mais aussi 99% de musulmans, le 1% restant étant consituté de juifs, chrétiens et agnostique, des minorités "risibles" vu leur infériorité numérique! On est loin du multiculturalisme problèmatique qui commence à montrer son visage en Occident!..

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 29/04/2009

Les 99% de musulmans tunisiens ne sont pas, comme vous le dites, une minorité "risible", mais une majorité raisonnable qui ne voudrait pas subir le destin d'une l'Algérie moderne où le fanatisme a provoqué 150.000 morts.

Écrit par : Santo | 29/04/2009

Encore une précision à propos de la Tunisie "laïque" :

Citoyen suisse, j'ai fait à partir de 1963 une vingtaine de voyages privés en Tunisie, hors de tout circuit touristique. Vous l'avez deviné : j'adore ce pays et sa population.
En 1963, le digne héros de l'Indépendance Habib Bourguiba était au pouvoir ainsi que son parti le Néo-Destour. Régime autoritaire, certes, paternaliste même, mais aussi résolu à faire entrer sa Tunisie post-coloniale et "laïque" dans une certaine modernité, d'éradiquer la pauvreté et d'améliorer la condition féminine. Il a fait disparaître progressivement les mendiants des rues, et je l'ai entendu s'exprimer à la radio, précisément en 1963, et se prononcer catégoriquement "contre le voile, cet affreux chiffon ..." Etonnant, non ? comme dirait ce cher Pierre Desproges.

Écrit par : Santo | 29/04/2009

@Santo

Pour la minorité risible je parlais bien sûr des 1% d'"autres"! @;-)

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 29/04/2009

"et se prononcer catégoriquement "contre le voile, cet affreux chiffon ..." "

Non, rien d'étonnant, les fondements de la dictature militaire tunisienne sont bien laïques! Tout comme la Turquie moderne: citer l'exemple de la Turquie en référence à l'islam pour dire que le droit de vote des femmes y a été introduit avant la Suisse est hors de propos! Atatürk avait pour modèle non pas l'islam, mais la révolution française et le jacobinisme! Donc citer l'exemple de la Tunisie, toujours en rapport avec l'islam, est aussi absurde, c'était le sens de mon intervention... Car en Algrérie, ou en Egypte, où le religieux n'a pas été écarté du pouvoir, l'intolérance est de mise et le prosélitysme des autres religions y est puni, de même que dans des pays dits "modérés" comme le Maroc (voir: http://www.emarrakech.info/Cinq-missionnaires-expulsees-du-maroc-pour-proselytisme_a18705.html )!

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 29/04/2009

Pourquoi dire que le voile est un affreux chiffon ? Souvenez-vous avec quelle élégance notre chère Cruella le portait chez son ami le président iranien !

Écrit par : Octave Vairgebel | 29/04/2009

A propos des "modérés" de Turquie (et d'autres pays musulmans) :

Il y a plus de 40 années, j'ai voyagé à répétition et par la route dans une dizaine de pays musulmans, bien plus modérés au plan religieux qu'aujourd'hui.

La Turquie était davantage laïque qu'elle ne l'est à notre époque. L'Iran, le Pakistan et l'Afghanistan ne connaissaient pas encore le vertige intégriste. A Téhéran et à Kaboul, j'ai vu bien des femmes en mini-jupes sans que cela pose véritablement de problème à quiconque. Des bourkas ? Relativement peu. En Iran la Révolution était musique d'avenir, et en Afghanistan les Soviétiques n'avaient pas encore provoqué l'Islam de ce pays en installant à Kaboul le gouvernement athée de Najibullah. Le Pakistan affaibli et qui sortait d'une guerre fratricide avec l'Inde (réglée par les accords de Tashkent), avait d'autres chats à fouetter.

Mais le "big bang" de l'intégrisme musulman, les prémices de son installation et de son développement durable, j'aurais tendance à les fixer quant à moi au 5 juin 1967, début de la guerre des Six Jours, alors que Jérusalem-est et ses lieux saints retombaient après 2000 ans aux mains des Juifs, en contradiction avec les promesses du Coran et ses perspectives eschatologiques.
Ayant voyagé par la route durant tout le mois de juin 1967 à travers les pays cités, j'y ai ressenti ce "tournant", ce net infléchissement.
Les intellectuels de ces pays, avec lesquels j'ai eu alors des contacts directs, en plein désarroi me disaient tous la même chose : Par le truchement d'Israël, c'était l'Occident tout entier qui, selon eux, avait déclaré la guerre à un Islam qu'ils estimaient dorénavant menacé !

Écrit par : Santo | 29/04/2009

@Santo

Ce qui a dominé la révolte palestinienne jusqu'à l'élection du Hamas, il me semble, que c'est bien le panarabisme dont se réclamait le fatah d'Arafat, non?... Le panarabisme était plus un nationalisme qu'une mytique religieuse...

Ensuite il faut voir le monde sunnite d'un côté, avec les frères musulmans bien antérisurs à 1967, fondés en 1928 comme résistance au colonialisme mais aussi avec un projet de société radical, et le chiisme de l'autre, avec l'avènement de l'Iran des Mollah, encouragé par l'Occident (Par le Démocrate Carter et la gauche mondiale). Les talibans de leur côté sont un résidu de la guerre froide.

Israël, plus que le moteur de l'avènement de ces intégrisme (le nationalisme pan-arabe domine la révolte au début) est LE point de focale idéal pour des mouvements disparates souvent opposés entre eux. Établir un lien direct entre la guerre de 1967, la présence israélienne et l'avènement de l'intégrisme me semble trop limité. Il est clair que l'Occident dans bien des cas a contribué à ces mouvemements (le Hamas a même à une époque été financé par Israël), mais ils disposent aujourd'hui d'une autonomie et d'un programme propre que même la disparition d'Israël ne freinera pas... Même l'avènement hypothétique de deux états n'arrêtera pas l'Iran dans ses prétentions régionales et le rejet de la Démocratie occidentale... Israël c'est juste le mot qui excite les foules arabes, perses, etc. et leur donne un ennemi commun...

Et franchement, l'attaque contre l'Irak a aussi été interprétée comme une attaque contre l'islam, mais Saddam Hussein n'avait rien d'un représentant auto-désigné de cette religion, et le combat interminable entre les chiites et les sunites en Irak montre que ces mouvements puisent leur énergie non seulement dans une guerre contre l'Occident, mais aussi dans une violente et terrible guerre civile interne à l'islam qui dure depuis les origines de cette religion.

Très complexe au final...

Écrit par : Carlitos de Unamuno | 29/04/2009

Le panarabisme et les Frères Musulmans sont antérieurs à 1967, mais s'inscrivent davantage dans la perspective d'un leadership à conquérir au sein du monde musulman, qu'une prise de conscience profonde et universaliste de cette religion.
Nasser a échoué, Ahmadinejad voudrait bien prendre la relève, les rivalités entre Chiites et Sunnites divisent encore le monde musulman. Mais celui-ci reste au demeurant capable, pour Jérusalem et le Mahdi (Messie musulman), de réaliser un jour l'union sacrée ...

Écrit par : Santo | 29/04/2009

Je ne sais s'il faut se féliciter de la conclusion de Durban II. La Suisse a réussi à l'arraché a obtenir un consensus mou sur le texte final. Dans les religions on oublie le bouddhisme (pour faire plaisir à la Chine)(mais ils sont tout de même quelques centaines de millions)(et pas seulement au Tibet), les droits des homosexuels (pour faire plaisir aux musulmans)(mais c'est probablement quelques % de la population, même dans les pays arabes et l'Afrique noire qui ne veut pas en entendre parler, et qui tous deux criminalisent ce comportement), où on ne parle pas des territoires occupés en Palestine et du mur de la honte édifié autour, de Gaza, etc. Où est est le progrès, la victoire des modérés: je ne vois pas !

Écrit par : Victor Devaud | 29/04/2009

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