30/04/2009

La Tunisie et l'islam modéré

Je suis ravi de voir que ma modeste contribution sur la conférence contre le racisme sur le suivi de Durban, dans lequel j'avais rendu hommage aux pays musulmans modérés en citant la Tunisie, a suscité d'abondantes réactions.

Je persiste et signe. En effet, il ne s'agit pas ici de se livrer à un panégyrique de la Tunisie ni d'affirmer que tout est beau et parfait dans ce pays.  Ce qui me semble important, c'est qu'on reconnaisse objectivement les faits, l'état des droits et les progrès de la législation. Si l'on ne fait que stigmatiser et mettre le doigt sur ce qui cloche sans jamais constater ce qui va bien, comment voudrait-on que ces pays n'éprouvent pas un puissant sentiment d'injustice et ne ressentent pas les démocraties occidentales comme des donneuses de leçons toujours prêtes à donner du bâton.

Les Américains, qui n'hésitent pas à mélanger les bons sentiments au cynisme le plus intéressé, sont d'ailleurs passés maîtres à ce jeu. Mais les Européens, sans doute pétris de culpabilité post-colonialiste, voudraient que les pays du Sud qu'ils ont maltraités naguère soient aujourd'hui meilleurs qu'ils ne le sont.

En l'occurrence, pour qu'on puisse juger sur pièce de la position tunisienne pendant la conférence contre le racisme, je vous propose quelques passages du discours qu' a tenu la semaine dernière à Genève le ministre de la justice et des droits de l'homme Béchir Tekkari:


La Tunisie a participé à la Conférence internationale sur la lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance, qui a été abritée par la République d'Afrique du Sud en 2001. Notre pays s’est engagé à adhérer à la Déclaration et à la stratégie émanant de cette Conférence et a procédé, dans ce cadre, à la prise de nombreuses mesures et initiatives ainsi que l’émission de plusieurs textes en vue de lutter contre toutes les formes de racisme et de discrimination. 
C’est dans ce contexte que des changements fondamentaux ont été introduits dans le système d'éducation consistant, notamment, en l'enrichissement des programmes éducatifs de l'enseignement de base et secondaire avec de nouveaux contenus renforçant chez les nouvelles générations les notions de la découverte des différentes civilisations humaines à travers les cours d'histoire, de la littérature et de l'éducation civique de façon à développer chez elles le respect de l'autre tout en étant imbues d’une culture de fraternité humaine. 
Nous avons procédé, également, à l’enrichissement de l’enseignement universitaire par l’insertion de la discipline des droits de l’Homme dans plusieurs sections scientifiques et le maintien de l’enseignement des contenus des instruments internationaux y afférents au sein des facultés, des établissements supérieurs et des écoles spécialisées afin que l’éducation et la culture des droits de l’Homme soient diffusées à la plus large échelle possible et profitables à toutes les catégories et toutes les parties.
Et dans le souci de renforcer le cadre législatif en matière de lutte contre toutes les formes de discrimination, il a été clairement mentionné dans les lignes directrices de la loi sur l’éducation et de l'enseignement scolaire parues en 2002, que l’éducation constitue un droit fondamental et garanti sans discrimination ni exclusive basées sur le sexe, l’origine sociale, la couleur ou la religion. Il s’agit, en fin de compte, d’un devoir que doivent assumer et les individus et la communauté. (...)

La Loi fondamentale se rapportant à la protection des données à caractère personnel parue en 2004, a interdit le traitement des données à caractère personnel se rapportant directement ou indirectement à l'origine ethnique, génétique, aux croyances religieuses ou aux idées politiques, philosophiques ou syndicales, ou  à la santé. 
La création d'un Centre de recherches et d'études sur le dialogue des civilisations et des religions comparées avec l’objectif d’étudier l’héritage  de la pensée mondiale entre, également, dans ce contexte afin de contribuer à  son enrichissement. On citera, dans le même ordre d’idées, la création du Forum de Tunis pour la paix en avril 2006 en collaboration avec le Secrétariat général de l'Organisation de la Conférence Islamique afin qu’il soit un espace scientifique et intellectuel chargé de constater et de superviser les efforts déployés pour consacrer les valeurs de paix et d’œuvrer à contribuer à la diffusion de sa culture tout en en consolidant les fondements dans la pensée et le comportement. (...)
Autant la mondialisation a offert des opportunités pour un plus grand renforcement des liens entre les différentes sociétés et la promotion de l'économie mondiale, en dépit des signes de faiblesse conjoncturelle suite aux effets de la crise financière et économique internationale, autant cette même mondialisation a engendré des répercussions négatives et dangereuses, dont notamment l’élargissement du fossé économique et scientifique et de la fracture numérique entre les pays du Nord et du Sud, sans oublier que plusieurs régions du monde souffrent de conditions de vie inhumaines à cause des guerres, de la pauvreté et de l'analphabétisme.  Toutes ces données nous poussent à rechercher des solutions appropriées pour faire face à ce que peut enfanter une telle situation comme sentiment d'exclusion et de privation qui ne peut conduire qu’à la propagation des phénomènes de fanatisme, de haine et de racisme. (...)

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Commentaires

"reconnaisse objectivement les faits, l'état des droits et les progrès de la législation"

Vous rigolez ? Le gouvernement tunisien censure abondamment internet et n'accepte aucune critique. Samuel Schmid, alors président de la Confédération, s'est fait censurer en directe à la TV lors du sommet de l'information. Pour vous rafraichir la mémoire :
http://www.swissinfo.org/fre/a_la_une/Samuel_Schmid_applaudi_et_censure_en_Tunisie.html?siteSect=107&sid=6243647&cKey=1132585216000&ty=st

Écrit par : Antipathique | 02/05/2009

Merci Antipathique pour le lien:
"S'exprimant lors de la cérémonie d'ouverture du Sommet mondial de la société de l'information (SMSI), Samuel Schmid a suscité une première salve d'applaudissements en déclarant: «Il n'est pas acceptable - et je le dis sans détours - que l'ONU compte encore, parmi ses membres, des Etats qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu'ils ont critiqué leurs autorités sur Internet ou dans la presse.»
qui croire? Mr Guy Mettan ou Mr Samuel Schmid?

Écrit par : Djilani Ftelina | 02/05/2009

bonjour M. Mettan...
voici un petit lien sympa pour éclairer votre lanterne....http://alerte.blog.tdg.ch/archive/2009/05/03/liberte-d-expression-en-voie-d-extinction.html

Écrit par : mur | 04/05/2009

La Tunisie a mis un blocus aux islamistes et cela ne plait pas aux intégristes qui signent sur ce topic!

Écrit par : Patoucha | 04/06/2009

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