30/04/2009

La Tunisie et l'islam modéré

Je suis ravi de voir que ma modeste contribution sur la conférence contre le racisme sur le suivi de Durban, dans lequel j'avais rendu hommage aux pays musulmans modérés en citant la Tunisie, a suscité d'abondantes réactions.

Je persiste et signe. En effet, il ne s'agit pas ici de se livrer à un panégyrique de la Tunisie ni d'affirmer que tout est beau et parfait dans ce pays.  Ce qui me semble important, c'est qu'on reconnaisse objectivement les faits, l'état des droits et les progrès de la législation. Si l'on ne fait que stigmatiser et mettre le doigt sur ce qui cloche sans jamais constater ce qui va bien, comment voudrait-on que ces pays n'éprouvent pas un puissant sentiment d'injustice et ne ressentent pas les démocraties occidentales comme des donneuses de leçons toujours prêtes à donner du bâton.

Les Américains, qui n'hésitent pas à mélanger les bons sentiments au cynisme le plus intéressé, sont d'ailleurs passés maîtres à ce jeu. Mais les Européens, sans doute pétris de culpabilité post-colonialiste, voudraient que les pays du Sud qu'ils ont maltraités naguère soient aujourd'hui meilleurs qu'ils ne le sont.

En l'occurrence, pour qu'on puisse juger sur pièce de la position tunisienne pendant la conférence contre le racisme, je vous propose quelques passages du discours qu' a tenu la semaine dernière à Genève le ministre de la justice et des droits de l'homme Béchir Tekkari:

Lire la suite

09:40 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

27/04/2009

Islam d'ouverture contre intégrisme

Après la conférence de Durban, à tête reposée, il vaut la peine de revenir sur cet événement et de rendre hommage aux « petits » pays qui ont permis ce succès. Je pense ainsi à la Tunisie et à son ministre de la justice et des droits de l’homme Béchir Tekkari, qui est venu à Genève défendre l’action, sur le terrain, de son pays dans le domaine de la tolérance et de la lutte contre le racisme. A savoir des programmes scolaires qui respectent la diversité des cultures et des religions, une chaire et des conférences régulières sur le dialogue des civilisations, une université, la Zitouna, qui défend une vision ouverte de l’islam, une tolérance effective à l’égard de la communauté juive avec le pèlerinage annuel de la Ghriba qui doit avoir lieu prochainement. On ne dira jamais assez le rôle éminent que les régimes arabes modérés jouent pour éviter la fracture entre Orient et Occident.

23:07 | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Durban II ou le miracle de Genève

 

 

→Compromise en février, restaurée en mars, boycottée le 16 avril, naufragée le 20 à cause du président Ahmadinejad, sauvée le lendemain grâce à un accord arraché à l’unanimité: la conférence de Durban aura vraiment eu tous les accents d’un mélodrame à l’échelle de la planète. Avec ses héros (le médiateur russe Boychenko, la présidente Navi Pillay, l’ambassadeur du Pakistan, les défenseurs de la mémoire de la Shoah), ses mauvais génies (le président iranien, quelques ONG malintentionnées, des boycotteurs irresponsables comme le Canada) et une foule de participants anonymes (1000 délégués, 4000 ONG) finalement animée d’une intelligence collective remarquable.

 

 

****

 

→Car on est passé à un cheveu de la catastrophe. Si le président iranien avait réussi son coup, à savoir désolidariser les pays arabes et africains de la Déclaration finale qui avait supprimé toute référence à Israël et à la diffamation des religions, le «clash» des civilisations aurait bel et bien eu lieu. A un moment, quand les délégations européennes ont quitté la salle et qu’il n’y avait plus un visage «blanc», plus un Occidental dans la salle à part quelques égarés, on a vraiment pu avoir l’impression que le monde était définitivement coupé en deux.

 

****

→Ce renversement a été possible grâce aux dizaines de diplomates qui se sont activé pendant des semaines et n’ont pas accepté de voir leur travail éclipsé par le numéro de cirque du président iranien, grâce au théâtre d’ombres japonaises mené par le duo Merz-Calmy Rey, et à l’habileté de la présidence de la conférence qui, grâce à un artifice de procédure des Nations Unies, a pu faire voter la déclaration finale de façon inattendue et à la quasi unanimité, seules les oppositions écrites étant prises en considération (182 oui, 9 non, la République tchèque ne prenant pas part au vote faute d’avoir signalé son opposition par écrit).

 

****

→Une mot enfin sur le génocide des Arméniens dont on a commémoré le 94e anniversaire le 24 avril dernier. Les responsables de la communauté arménienne en Suisse, Sarkis Shahinian et Raffi Garibian, ont rappelé à ce propos l’ambiguïté de la Suisse, qui évite systématiquement de parler de génocide pour ménager la Turquie. Et l’accord troublant intervenu entre la Turquie et l’Arménie 48 heures avant la commémoration, comme si on voulait l’éclipser des médias…CQFD.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

22/04/2009

Shoah: une cérémonie émouvante

Un petit mot pour féliciter les organisateurs et les dizaines de bénévoles qui, autour de Joël Herzog, ont préparé la cérémonie de commémoration de l'Holocauste sur la Place des Nations lundi soir. D'abord, parce que tout s'est impeccablement déroulé. Ensuite parce que la foule était là, attentive et présente aux chants et à la musique comme aux discours. Et surtout parce que ce fut un moment très fort, mêlant à la fois émotion et haute tenue intellectuelle.

Les discours furent à la hauteur de l'événement, courts, denses et justes, ceux d'Elie Wiesel et d'Irwin Cotler notamment, mais aussi ceux de Laurent Moutinot et de Bernard-Henri Lévy, pour ne citer qu'eux. La dénonciation des propos du président iranien Ahmadinejad a inspiré tous les intervenants, mais ce fut fait avec beaucoup de dignité.

J'avais à côté de moi un survivant, établi à Bienne, dont toute la famille a péri dans les camps. Ce témoignage modeste et simple est plus fort que toutes les vociférations de tous les présidents iraniens.

Puissent donc les bougies allumées ce soir-là brûler longtemps.

 

09:30 | Lien permanent | Commentaires (27) | |  Facebook