24/02/2012

Le FIFDH fête ses 10 ans d'engagement pour la dignité humaine

Le 22 février 2012, Le Club suisse de la presse recevait Léo Kaneman, directeur du FIFDH, Jeffrey Hodgson, directeur adjoint, Carole Vann, responsable des thématiques, Daniel Bolomey, conseiller spécial du secrétaire général d'Amnesty International Suisse et Gérald Staberock, secrétaire général de l'OMCT.


Du 2 au 11 mars, le Festival du film et Forum international sur les droits humains fête son dixième anniversaire. Cette édition sera dédiée au peuple syrien et à la Birmane Aung San Suu Kyi. A lui seul, ce choix indique les intentions du FIFDH: a la fois dénoncer les violations des droits humains, et célébrer l'aboutissement de luttes pour les restaurer. Pour l'équipe qui a élaboré le programme, les sentiments ont varié entre "espoir et inquiétude, voire effroi, et indignation", selon les termes du directeur du Festival, Léo Kaneman.

Thèmes à l'affiche: solidarité avec le peuple syrien! le devenir des révolutions arabes; le néo-populisme en Europe; le sursaut citoyen des Russes; la dictature des marchés financiers; la justice internationale; le conflit israélo-palestinien; les bâtisseurs de paix.

Le propre de ce festival est d'alterner films et débats et de jouer le rôle de tribune libre face au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Daniel Bolomey, conseiller spécial du secrétaire général d'Amnesty International Suisse, l'atteste, certains films ont amené ce Conseil à réviser sa position par rapport à des violations jusque là ignorées, par exemple au Sri Lanka, pays auquel une soirée sera consacrée.

Des films qui font date dans l'Histoire

Il y a longtemps qu'est avérée l'importance des films, comme moyen d'éveiller les consciences ou de contrecarrer la désinformation, puisque déjà en 1955 Nuit et brouillard, d'Alain Resnais, avec ses images d'archives de camps de concentration nazis, constituait le premier obstacle sérieux pour l'avancée du négationnisme. Aujourd'hui ceux, remarquables, de Rithy Panh, qui dévoilent l'ampleur et les conséquences à long terme du génocide cambodgien, jouent un rôle similaire. Le dernier s'intitule Duch, le maître des forges de l'enfer. Responsable de 12'000 morts, Duch a été le premier haut fonctionnaire de Pol Pot jugé pour crimes contre l'humanité. Il a fait appel et pendant qu'il attendait son nouveau procès, Rithy Panh l'a interrogé. Il en résulte un portrait troublant, énigmatique, émaillé d'images d'archives et de témoignages de survivants. Homme ordinaire ou monstre, le bourreau ? Telle est l'une des questions que le film soulève, bien que contrairement à Hannah Arendt, Rithy Panh estime que la banalisation du mal n'existe pas.

Alors qu'il filme en dehors des tribunaux, la caméra du cinéaste belge Thierry Michel s'infiltre dans celui de la Cour militaire de la République Démocratique du Congo, capture les audiences des policiers mis en cause dans le meurtre de Floribert Chebeya, qui symbolisait la résistance et la lutte pour les libertés individuelles, alors que le principal coupable court toujours. L'affaire Chebeya, un crime d'Etat ? donne à voir un pays en mal de justice, gangrené par la corruption et l'impunité. Le réalisateur en a lui-même fait les frais puisqu'il y a quelques jours, lors d'un nouveau tournage dans ce pays, il a été attaqué et blessé par des nervis.

On aimerait signaler de nombreux autres films. Faute d'espace, un seul encore, Laïcité Inch'Allah, qui a valu à sa réalisatrice, Nadia El Fani, des menaces de mort de la part de fous de Dieu. Il lance de manière frontale, en Tunisie, le débat sur la laïcité, sujet tabou s'il en est, et montre que la réalisatrice, n'est pas la seule à penser qu'un vrai changement supposerait que religion et politique soient séparées, mais aussi qu'il y aurait fort à lutter pour atteindre ce but.

Un sujet, un film, un débat

Après avoir entendu Carole Vann, responsable des thématiques du FIFDH, l'un des débats que l'on attend avec impatience est celui qui suivra la projection du documentaire suédois, Zéro Silence, tourné au cœur de la révolution arabe, de Tunis à la place Tahrir, sur la question Du Printemps arabe à l'automne islamiste ? et qui confrontera les points de vue de Lina Ben Mhenni, bloggeuse militante et journaliste tunisienne, Sondos Asem, journaliste égyptienne et propagatrice de la révolution à tendance islamiste, Mansoureh Shojaee, militante iranienne pour le droit des femmes, écrivaine et journaliste, et Maryam Al-Khawaja, responsable extérieure pour le Bahrain Centre for Human Rights. Evidemment aussi celui, phare du Festival, qui réunira Stéphane Hessel, dont l'Indignez-vous circule dans le monde entier, le philosophe et sociologue Edgar Morin et László Rajk, ancien membre de l'Opposition démocratique hongroise et fondateur de l'Alliance des Démocrates libres, sur le thème: Les dangers du national populisme, après le film Hongrie: La politique anti-Roms, de Martin Rosefeldt (Allemagne).

La compétition comportera dix documentaires de création qui, pour Léo Kaneman, "sont d'une grande teneur artistique, allient le 7ème art à la recherche de sens qui habite chacun de nous." Gageons que ceux qui recevront des prix l'auront mérité, puisque le jury international sera présidé par le cinéaste mauritanien de renommée internationale, particulièrement exigeant, Abderrahmane Sissako (Bamako, En attendant le bonheur).

Irène Lichtenstein

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