11/04/2012

Les jeans qui tuent : le sablage au Bangladesh

Le 29 mars 2012, le Club suisse de la presse accueillait la Clean Clothes Campaign et la Déclaration de Berne pour une conférence de presse sur le thème: "Les jeans qui tuent: le sablage au Bangladesh". Avec Khorshed Alam, coordinateur de la recherche sur le terrain de l'Alternative Movement for Resources and Freedom Society, Dhaka, Dominique Muller, coordinatrice de la Campagne internationale Killer Jeans, Clean Clothes Campaign (CCC), Amsterdam, Sara Iqbal, enquêtrice, Christa Luginbühl, Déclaration de Berne, coordinatrice de la campagne Killer Jeans en Suisse.



La Campagne internationale Clean Clothes et ses partenaires, dont la Déclaration de Berne, ont présenté le nouveau rapport Deadly Denim sur la production de jeans sablés au Bangladesh, paru la veille. Il révèle que des marques comme H&M, Diesel, Levis et Zara, continuent à recourir au sablage pour donner ce côté usé si prisé à leurs jeans, alors qu'elles avaient affirmé l'interdire.

Le sablage, qu'il soit manuel ou mécanique, donne la silicose, maladie pulmonaire incurable voire fatale. En 2009 la Turquie, où sa pratique était courante, l'a interdit. 52 sableurs y sont décédés et les experts dénombrent actuellement entre 5'000 et 6'000 cas de silicose.

Suite à cette interdiction, la production de jeans s'est déplacée dans des pays où la législation est plus floue, comme en Chine, au Pakistan, en Egypte et au Bangladesh, qui a exporté environ 200 millions de jeans l'année dernière. Dans ce pays, l'industrie du sablage ne cesse de croître. Au péril de leur vie, les ouvriers travaillent sans protections jusqu'à douze heures par jour sur des installations vétustes, dans des ateliers peu ventilés et envahis par la poussière abrasive de silice. " Dans l'usine, on a l'impression d'être au milieu du désert, en pleine tempête de sable", raconte l'une des personnes interrogées par les enquêteurs de la CCC. Un directeur d'usine a quant à lui confié que la plupart des modèles demandés par les acheteurs ne peuvent être réalisés avec d'autres techniques.

Ancien sableur, coordinateur de la recherche sur le terrain, Khorsed Alam, venu à Genève pour participer au lancement du rapport, a témoigné que malgré l'interdiction officielle par certaines marques, les ouvriers continuent de sabler les jeans lorsque les délais de production sont trop serrés, ce qui est le cas la plupart du temps. "Le Bangladesh compte 2'000 lieux de sablage. Le gouvernement n'exerce sur eux qu'une surveillance minime et dans certaines usines, le sablage est effectué de nuit pour déjouer d'éventuels contrôles", a-t-il ajouté.

" On leur demande de risquer leur vie pour la mode ! "

La silicose peut s'attraper en un mois. Les travailleurs interrogés pour le rapport souffraient tous d'une toux constante et de difficultés à respirer. Mais les ouvriers ne bénéficient pas de diagnostics ou de soins adéquats, en partie du fait que le personnel médical n'est pas informé du lien entre sablage et silicose. Pas motivé non plus, peut-on supposer puisque, comme l'a indiqué Sara Iqbal, une enquêtrice elle aussi venue témoigner à Genève, les médecins qui ont reçu cette information ne l'ont pas transmise à leurs confrères.
"Il est choquant que presque une décennie après que les médecins turcs ont mis en évidence l'épidémie de silicose chez les ouvriers de l'habillement, on demande toujours à ceux-ci de risquer leur vie pour la mode !" a lancé Dominique Muller de la CCC.

Les 27 et 28 mars, la CCC et ses partenaires se sont réunis pour discuter des résultats du rapport et des actions à mener pour les faire connaître. La CCC et la DB ont lancé un appel pour que les marques mettent en œuvre l'interdiction du sablage, cessent de travailler avec les fournisseurs qui l'utilisent, adaptent le design des jeans et les délais de livraison des commandes, collaborent avec les syndicats locaux et les ONG. Au niveau politique, elles demandent aux gouvernements des pays producteurs d'en prononcer l'interdiction et à l'UE d'interdire l'importation de jeans sablés. Elles souhaitent aussi voir l'OIT et l'OMS intégrer l'industrie de l'habillement dans leur programme d'éradication de la silicose, et lancer un programme national au Bangladesh. Des rencontres avec des représentants de ces organisations étaient prévues mais qui, au moment de cette conférence de presse, n'avaient encore pu avoir lieu.

Irène Lichtenstein
le 30 mars 2012

Commentaires

On leur demande de sacrifier leur vie pour contenter des égoistes.Tout comme au Cambodge qui voit maintenant des réactionnaires face à un gouvernement obligé de reculer la mise en route d'une station d'épuration.Les habitants confronté à des usines polluant pour le bien être des européens,des hotels en quantité pour satisfaire à une clientèle européenne,terrains sacrifiés pour être vite vendu sans infrastructures ,le tout à l'égout via l'océan et un peuple confronté à des taxes et des rejets de métaux lourds sur leur lieu de pêche.Alors le peuple d'une seule voix a dit non refusant par un niet tonitruant une quelconque taxe ,l'eau appartient à tout le monde a dit un pécheur elle est aussi notre patrimoine,on ne va pas payer pour ce qui nous revient de droit.Comme on les comprend surtout si l'on sait que très souvent des inondations spectaculaires sont le résultat en plus des pluies de saisons, de barrages ouverts suite à de trop fortes précipitations mais cela bien entendu ne sera pas forcément révélé.Ce fut en Australie on peut très bien l'imaginer ailleurs

Écrit par : lovsmeralda | 16/04/2012

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