13/05/2013

La première Veggie Pride internationale

La Veggie Pride existe en France depuis 2001, mais cette année aura lieu à Genève, le 18 mai prochain, Place des Nations, la première Veggie Pride internationale. Organisateurs et représentants ont donné une conférence de presse, le 7 mai, au Club suisse de la presse.


Alors que d'ordinaire les végétariens appellent à la fin des mauvais traitements infligés aux animaux et dénoncent les effets nocifs pour l'environnement de la consommation de viande, les organisateurs de la Première Veggie Pride internationale appellent eux, avant tout, au respect des droits des végétariens et végétaliens. Lors de cette manifestation, une lettre et une pétition de "la communauté végétarienne" dans ce sens seront d'ailleurs remises au Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies.

"La plupart des végétariens rasent les murs", a déclaré David Olivier, fondateur de la Veggie Pride, "et lorsqu'ils se présentent comme tels, ils rencontrent la végéphobie (terme créé par la Veggie Pride dans son manifeste français), à mettre sur le même plan que "l'homophobie, la misogynie ou la ségrégation raciale vis-à-vis des Noirs aux Etats-Unis par le passé", puisqu'il s'agit de la "négation de l'existence" des millions de végétariens et végétaliens dans le monde.
(La publication de ces dires dans "Rue89" a soulevé de vives réactions de lecteurs, dont celle-ci: "Quelqu’un s’est-t-il déjà fait casser la gueule dans la rue parce qu’il revenait du marché avec seulement des brocolis ?")

La souffrance animale, celle des animaux de boucherie, de leur naissance à leur abattage, des volailles ou des poissons a aussi été amplement évoquée. Selon Jérôme Dumarty, organisateur de la Veggie Pride internationale, "ce sont les poissons qui représentent la grande majorité des animaux tués. On considère que 1000 milliards de poissons sont pêchés chaque année dans les océans", a-t-il précisé, "et certains avancent même le chiffre de 3000 milliards, sans prendre en compte la pêche fantôme - les nasses et filets abandonnés dans les océans, qui continuent de pêcher en masse pour rien". A cause des méthodes de pêche industrielle, du matériel sophistiqué de repérage des bancs de poissons, subventionnés par les Etats, "on assiste à un épuisement massif des océans." Pourtant, on ne parle jamais des poissons, a-t-il déploré, "alors que depuis 2000, on sait que ce sont des êtres sensibles au même titre que les chiens et les chats, et que contrairement aux idées reçues, ils ont une mémoire à long terme. Ce sont donc des êtres moraux comme les autres animaux."

La morale vis-à-vis des animaux est au coeur de la thèse que rédige François Jaquet, doctorant en philosophie à l'Université de Genève, "La philosophie de la libération animale". "Les philosophes qui se sont intéressés à la philosophie animale partent du constat que les traitements acceptés pour les animaux seraient jugés intolérables pour les humains", a-t-il expliqué. "Elever des animaux pour les manger paraît conforme à la morale mais élever des humains pour les manger choquerait. Existe-t-il alors une différence entre eux qui justifie que l'on exploite les uns mais pas les autres ? Ces philosophes estiment que les différences souvent citées, comme la rationalité, la réciprocité, la possession d'un langage ne sont pas pertinentes: un nouveau-né ou un handicapé profond seraient moins rationnels qu'un chimpanzé ou un cochon adulte. Pourtant, les exploiter, les tuer, les manger serait inacceptable." La seule différence qui puisse être retenue est que les animaux n'appartiennent pas à l'espèce humaine, laquelle ne justifie pas les mauvais traitements. "Si la planète était envahie par des extra-terrestres et que ceux-ci décidaient de nous utiliser comme esclaves parce que nous ne faisons pas partie de leur espèce, nous le considérerions comme injuste."

Pour Lionel Testaz, organisateur de la Veggie Pride internationale, "comme l'ordre social veut que nous mangions de la chair animale, les végétariens et végétaliens subissent des moqueries dans leur entourage ou des discriminations au niveau institutionnel" comme, par exemple, l'absence de menus végétariens dans les cantines. D'où leur "isolement et leur peur de s'affirmer comme tels." Mais, selon lui, le dire ne revient pas à se poser en victimes: "Bien entendu que ce sont les animaux qui sont discriminés, mais les végétariens sont les porte-paroles des animaux, leurs représentants". D'où ce slogan de la Veggie Pride: "Nous sommes des animaux solidaires de tous les animaux."

Mais qui est ce "nous" ? Il semble que bien des végétariens estiment n'appartenir à aucune communauté et n'avoir jamais été confrontés à la "végéphobie".


Irène Lichtenstein

Vidéo de la conférence de presse: www.pressclub.ch

Commentaires

c'est franchement pénible tous ces gens qui se sentent oppressés!

Je n'ai jamais constaté de mise au ban des végétariens. Je suis même persuadé du contraire. Il suffit de constater l'affluence dans les restaurants indiens, totalement végétariens pour s'en rendre compte.

Le seul point qui est juste c'est l'absence de menu végétarien dans les cantine scolaires. Il devrait même y avoir un jour maigre, càd sans viande ni poisson dans les écoles.

La victimisation est à la mode mais elle est lassante. Agissez au lieu de geindre cela sera plus utile à votre cause, si tant est qu'elle existe. Chacun est libre et peut user de cette liberté sans en abuser, ce qui semble le cas avec celle d'expression qui permet aux veggies de s'épandre.

Écrit par : G Dubouloz | 14/05/2013

J'aime pas trop le processus qui veut qu'un groupe de personne souhaitant avoir des droits se fasse passer pour des victimes. Toutefois, j'ai essayés d'être végétarien et ce n'est pas facile. Vous allez dans une grande surface et cherchez un sandwich ou même une salade sans viande.... ce n'est pas toujours facile à trouver. Souvent le végétarien passe pour un hurluberlu lorsqu'il demande un plat sans viande... cependant je pense que la cause végétarienne est juste, tant l'industrie agroalimentaire trompe les consommateur.

Écrit par : Riro | 14/05/2013

Comme le présente la pub TV : La viande suisse! tout le reste n'est que garniture !! Vive le gavage des oies et canards et vive une bonne viande goûteuse ! Bon appétit !

Écrit par : Yvan Descloux-Rouiller | 15/05/2013

C'est quand même incroyable une telle désinformation. Les organisateurs de la veggie pride n'ont JAMAIS prétendu que la végéphobie était du même niveau de violence que l'homophobie. Je trouve assez dingue de citer un commentaire autant à côté de la plaque sans accorder la même place à une réponse qui est pourtant évidente. Ce commentaire sous-entend deux choses complètement fausses:
-que les organisateurs comparent la végéphobie à l'homophobie pour la gravité de la violence déployée. Or ce n'est pas le cas cela a été précisé maintes fois, notamment lors de la conférence de Yves Bonnardel vendredi.
-que le végétarisme est une simple question de préférences culinaires - ce qui est déjà en soi une forme de végéphobie, car cela consiste en une invisibilisation des végétariens et de leur motivation qui est non pas culinaire mais bien politique.

Et on voit très bien ici en quoi cette idée dérange puisque le simple fait d'évoquer le végétarisme déclenche immédiatement un discours réactionnaire. "ha ma bonne viande bien saignante". C'est comme si parce qu'un homosexuel vous disait qu'il est homo vous vous mettiez à déblatérer sur les courbes et la sensualité féminines. C'est une façon de défendre un ordre social. L'ordre social est basé sur beaucoup de choses dont l'hétérosexualité (et plus largement l'hétérosexisme et le patriarcat donc domination des hommes sur les femmes) et la consommation de viande qui repose sur la domination des humains sur les autres espèces. C'est cela que dénoncent David Olivier et les autres organisateurs de la veggie pride, et non pas des soi-disant tabassage de végétariens qui n'existent pas à ma connaissance. En revanche des stigmatisation, discriminations, rejets, ça oui ça existe, des roustes mises par les parents d'ados végé pour leur faire bouffer leur barbaque ça existe, se faire dissuader de son mode de vie par le corps médical sans AUCUNE justification d'ordre médical ou scientifique ça existe, on a même vu des parents se faire retirer la garde de leurs enfants!

La désinformation au niveau médical est très grave puisque certains végétaliens ont le choix entre trahir leurs convictions et se voir donner des conseils médicaux inadaptés et donc potentiellement dangereux.

Écrit par : l'elfe | 19/05/2013

Veillez vous reporter à la vidéo de la conférence:www.pressclub.ch
Vous constaterez que les propos tenus n'ont pas été déformés.

Écrit par : Irène Lichtenstein | 21/05/2013

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