30/05/2013

La criminalisation de l'usage de drogues alimente l'épidémie d'hépatite C, bombe virale à retardement!

La Commission globale sur la politique des drogues a dévoilé, ce matin, au Club suisse de la presse, le contenu de son nouveau rapport, intitulé: "L'impact négatif de la guerre contre la drogue sur la santé publique: l'épidémie cachée d'hépatite C". Deux de ses membres, l'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss et le Prof. Michel Kazatchkine, envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU sur le VIH/Sida en Europe de l'Est et en Asie centrale, ont tiré la sonnette d'alarme et appelé médias et société civile à briser le silence afin d'endiguer les dommages à la santé publique.


"Les politiques répressives ont  échoué. L'approvisionnement d'opiacés illicites comme l'héroïne a augmenté de plus de 380% au cours des dernières décennies. En outre, la guerre contre la drogue contribue à la croissance du crime organisé, comme la corruption, à la croissance de la violence et à l'incarcération en masse des usagers de drogues non violents, qui joue un rôle majeur dans la propagation de l'hépatite C", a déclaré Ruth Dreifuss. Ces politiques poussent aussi les usagers à se marginaliser, augmentant le risque de contracter le virus de l'hépatite C (VHC) et les empêchant d'accéder aux services de santé publique. Or "il faut soigner pour prévenir", a déclaré Michel Kazatchkine.

Le VHC est en effet très contagieux et se transmet par le contact sanguin. Aussi affecte-t-il principalement les personnes qui consomment des drogues injectables, à savoir 10 millions sur les 16 millions d'usagers dans le monde. Dans les pays où la politique est la plus répressive, comme la Russie, plus de 90% d'entre elles sont atteintes de l'hépatite C, maladie chronique qui s'avère mortelle dans un quart des cas. Jean, qui en est atteint et participait à la conférence comme témoin, a tenu à rappeler qu'"il suffit d'une piqûre d'aiguille infectée, même deux heures après son utilisation, pour l'attraper."

Les services de réduction des risques, comme la fourniture d'aiguilles et de seringues stériles, l'accès à des centres sécurisés et à des traitements de substitution, peuvent prévenir sa transmission mais malheureusement, rares sont les pays qui font le choix de les offrir, a précisé le Prof. Kazatchkine.

Au nombre des recommandations aux gouvernements que fait la Commission globale, la reconnaissance de l'ampleur de l'épidémie et les coûts au niveau économique, social et humain qu'elle induit, la réforme des politiques drogues existantes, la redirection immédiate des ressources de la guerre contre la drogue vers la prévention et l'accès aux traitements de l'hépatite C.

Le coût élevé de ceux-ci représente un autre obstacle à la lutte contre la propagation de la maladie. Aussi la Commission demande-t-elle aux gouvernements d'engager des négociations avec les laboratoires pharmaceutiques, dans le but de sa réduction.

Irène Lichtenstein

Vidéo de la conférence: http://www.pressclub.ch/conference/limpact-negatif-de-la-guerre-contre-la-drogue-lepidemie-cachee-dhepatite-c

Les commentaires sont fermés.