31/05/2013

Femmes mutilées - femmes oubliées


L'Assemblée des Nations Unies a institué le 23 mai Journée internationale pour l'élimination de la fistule obstétricale, dès cette année. La Fondation genevoise pour la formation et la recherche médicales (GFMER) et l'Alliance globale contre les Mutilations génitales féminines (AG-MGF) ont célébré cette première par une conférence de presse au Club suisse de la presse.


 

Mais qu'est-ce qu'une fistule ? En Europe, elle a disparu, car une parturiente ne reste pas en travail plus d'un jour et une nuit sans subir une césarienne. Mais en Afrique, à l'écart des villes, faute de professionnels de la santé, il est fréquent que des accouchements difficiles se prolongent bien au-delà. Si elles sont toujours en vie, les mères, pour la plupart âgées de moins de 18 ans, finissent par expulser un enfant mort, a expliqué le Dr Charles-Henri Rochat, directeur du programme "Fistules" de la GFMER. Et leur malheur ne fait que commencer, car la durée de leur accouchement a provoqué une fistule obstétricale, un trou entre le vagin et la vessie et parfois le rectum. "La tête de l'enfant, restée coincée, a détruit leurs tissus, et elles sont condamnées à une incontinence totale, perdant les urines et parfois les selles." Malodorantes, infertiles, elles sont stigmatisées et rejetées par leur mari, leur famille, leur communauté. Des parias.

Mais une opération permet de réparer cette mutilation. A Tanguiéta, au nord du Bénin, chaque année depuis 1996, le Dr Rochat et son équipe la pratiquent pendant deux semaines, à l'Hôpital St Jean de Dieu, devenu un centre de référence pour le traitement de la fistule. Au cours de ces sessions chirurgicales, ils ont formé des médecins, maintenant en mesure de prendre le relais le reste de l’année. Cette opération est gratuite. "Avec la GFMER, nous voulions qu'il n'y ait pas de barrière financière pour les malades, sans pour autant que ces soins soient à la charge de l'hôpital. Les 500 francs suisses de frais d'hospitalisation sont pris en charge par la fondation », a-t-il précisé.

La gratuité fait partie du «modèle de Tanguiéta», développé par l'urologue genevois, qui est actuellement transmis aux médecins béninois du sud et en voie de duplication dans d’autres pays. Il comporte également la prévention, la réintégration sociale des femmes et leur recrutement. "Des ONG comme Sentinelles ont là un rôle extrêmement important à jouer. Elles vont découvrir ces femmes, les mettre en confiance, les informer et les amener."

En dehors des accouchements prolongés, les mutilations génitales féminines traditionnelles, pratiquées en Afrique mais aussi dans certains pays d'Asie, au Moyen-Orient ainsi que dans certaines communautés d'immigrants en Amérique du Nord et en Europe, représentent un facteur de risque important de développement de fistules. En particulier l'infibulation, qui consiste à rétrécir l'orifice vaginal par la création d'une fermeture réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres, ne laissant qu'un trou minuscule pour le passage de l'urine et du sang menstruel. Lors de leur mariage, les femmes subissent une désinfibulation, mais dans bien des cas, "le vagin n'est pas complètement réouvert, ce qui peut entraîner un travail prolongé lorsqu'elles vont accoucher, et donc une fistule", a expliqué M. Holger Postulart, co-fondateur d'AG-MGF. "Il est donc clair que nos causes sont liées", a-t-il ajouté, se félicitant du partenariat récent avec la GFMER et de l'efficacité accrue qu'il devrait permettre sur le terrain.

Selon le Dr Luc de Bernis, conseiller principal en santé maternelle au Fonds des Nations Unies pour la population, 2 à 3 millions de femmes dans le monde vivent avec une fistule et 50'000 nouveaux cas sont dénombrés par an. On espère donc que cette 1ère Journée internationale marque une étape décisive vers son élimination, comme de toutes les mutilations génitales féminines.

Irène Lichtenstein

Vidéo de la conférence: http://www.pressclub.ch/conference/femmes-mutilees-femmes-oubliees#video_livestream

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