03/07/2013

Quelle souveraineté nationale dans les négociations avec l'UE ?

Invité du Club suisse de la presse, lundi, Yves Rossier, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et à ce titre, chargé des négociations avec l'Union européenne (UE), s'est arrêté à la notion de souveraineté nationale, brandie dans les débats qui agitent la Suisse, par les opposants à la reprise du droit européen en vue de l’accès au marché européen. Il a évoqué deux de leurs justifications récurrentes :  "Nous sommes petits, le monde est hostile, nous allons nous perdre" et "Nous sommes les meilleurs, si les autres étaient comme nous, ils ne seraient pas dans cette situation." Pour lui, l’une comme l’autre "sont déplacées et dangereuses, parce qu'elles reposent sur l'angoisse face à l'Europe en rééquilibrage et à un avenir dont nous nous demandons s’il ne sera pas plus difficile que le présent."

Le secrétaire d'Etat a une vision "plus active" de la souveraineté. La Suisse souveraine "pèse sur le monde afin qu'il soit plus proche de ses valeurs, met à disposition ses outils, son savoir-faire, imprime sa marque sur la planète, avec le souci de faire prévaloir le droit, une économie ouverte, la médiation, la paix, les droits de l'homme, le développement". "S'assure une marge de manœuvre aussi grande que possible dans les négociations" comme, dit-il, cela a été le cas concernant l'accord de libre-échange avec la Chine. Elle ne peut pas influencer les autres pays, mais elle compte.

Comme il avait repris la définition de la "souveraineté" comme "capacité d’être crédible lorsque vous menacez quelqu’un", du philosophe Peter Sloderjik, il lui a été demandé pourquoi la Suisse ne se montre pas menaçante vis-à-vis de l’UE. "Pour être crédible, il faut au préalable avoir mis dans la balance les conséquences politiques et économiques de ce choix et ce que l'on espère obtenir ", a-t-il répondu. Dans le cas du statu quo, "le coût peut s'avérer plus élevé". Il n’y a toutefois pas d’urgence puisque rien qui soit d'un intérêt vital n'est en jeu. Mais la situation change vite et il vaut mieux négocier "avant que ça brûle".

Le secrétaire d’Etat comprend que "reprendre des règles définies par d'autres puisse être perçu comme une perte de souveraineté", mais la Suisse reprend déjà, et depuis le début, des règles européennes. La différence n'est-elle donc pas "purement formelle" ? D'ores et déjà, le Conseil fédéral a décidé de définir un nouveau mandat de négociation.

Irène Lichtenstein

Vidéo de la conférence de presse: www.pressclub.ch