26/02/2014

Genève et la voix des réprouvés

 

→Le tamtam médiatique des négociations sur l’Iran et la Syrie retombé, la Genève internationale retrouve son quotidien habituel. Mais routine ne signifie pas insignifiance, loin s’en faut. Dans son rapport annuel 2013, l’ONUG rappelle ainsi qu’elle a occupé 9402 fonctionnaires, fourni des services à 74 missions diplomatiques, reçu 103 863 visiteurs, accrédité 191 missions permanentes, traduit 351 529 pages, tenu 235 conférences de presse et organisé 10 740 réunions. Un record absolu, avec près d’une réunion sur deux consacrée aux droits de l’Homme et aux changements climatiques. En progression constante, le site web a été consulté 1,5 million de fois tandis que la bibliothèque a mis à disposition 408 406 ouvrages.

 

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→Car, contrairement à l’image d’Epinal, les fonctionnaires internationaux et les diplomates ne passent pas leur temps en cocktail et en vaines palabres. La Genève internationale s’ouvre même de plus en plus aux sans-voix, aux réprouvés, aux sans-grade de la communauté internationale, à des associations, des groupements, des peuples qui n’avaient pas voix au chapitre jusqu’ici. Les Baloutches par exemple. Qui s’en soucie ? Le « Balutch Republican Party » sera ainsi à Genève la semaine prochaine pour dénoncer les exactions de l’armée pakistanaise, les fosses communes, les kidnappings et autres atteintes aux droits humains.

 


 

 

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→Mais les Baloutches, ne sont pas les seuls. Les Tamils du Sri Lanka, écrasés par les troupes gouvernementales à la suite d’une sanglante guerre, protestent aussi. Fin janvier, c’était l’ancien secrétaire général adjoint des Nations Unies Denis Halliday qui rappelait le génocide des Tamils et l’abandon des populations dévastées en dépit de la campagne médiatique et diplomatique menée pour convaincre les diplomates, africains notamment, de refuser la résolution contre le Sri Lanka proposée au Conseil des droits de l’Homme. Et demain, c’est l’ONG Human Rights of the Eelam Tamil, qui remet la compresse sur un conflit oublié de tous.

 

 

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Les gouvernements se défendent aussi. Celui de Bahrein notamment. Récemment la présidente de la Bahrain Society for Strategic Planning et un avocat du Barreau bahraini étaient à Genève pour défendre le programme gouvernemental en faveur des femmes : soutien aux associations féminines, adaptations législatives, réduction des écarts entre hommes et femmes. A vérifier. Mais tant mieux si Genève peut être utile à défendre les minorités, quelles qu’elles soient.

 

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→Un mot encore sur la Tunisie, très présente sur la scène genevoise et suisse. La semaine dernière, le constituant Mongi Rahoui, cofondateur du Parti des Patriotes Démocrates Unifié, de gauche, était l’invité de l’Association des Tunisiennes et Tunisiens de Suisse. Il a dénoncé avec éloquence la tentative de mainmise du parti islamiste Ennahda sur la constituante et le processus démocratique tunisien, sur le refus de prendre en considération les droits économiques et sociaux, et sur le rôle du syndicat UGTT et des forces de gauche pour empêcher la révolution de dérailler vers un régime intégriste sur le plan des valeurs mais libéral sur le plan économique. Verdict cet automne, lors des élections générales prévues par la nouvelle constitution.

 

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